Après des semaines de communication médiatique pour « préparer le terrain », le gouvernement a enfin annoncé le contenu de son projet de réforme des retraites par la voix d’Eric Woerth.
Comme on pouvait s’y attendre, celui-ci prévoit un report de l’âge légal de départ en retraite qui devrait passer à 62ans d’ici 2018 (y compris pour les fonctionnaires dont le taux de cotisation sera également aligné sur celui du privé) et une augmentation de la durée de cotisation à 41ans et 1 trimestre en 2013 et 41,5ans d’ici 2020 pour les salariés du régime général.
Les salariés des régimes spéciaux se verront, eux, appliquer ces reculs à partir de 2017.
Concernant la pénibilité, celle-ci ne s’entend pour le gouvernement que pour les salariés ayant une incapacité physique d’au moins 20%. Seuls ceux-là pourront partir à 60ans avec une retraite à taux plein.
Plusieurs remarques nous viennent à l’esprit au vu de ces éléments :
- Nous regrettons d’abord que la solution privilégiée par la droite soit toujours celle d’un allongement de la durée du travail, alors même que le COR (Conseil d’Orientation des Retraites) estime cette solution inefficace à long terme.
- Nous regrettons également qu’il n’y ait aucune réelle prise en compte de la pénibilité, contrairement aux promesses du gouvernement, mais uniquement une soi-disant prise en compte de l’invalidité des salariés qui n’est que normale. La pénibilité ne se résume pas à l’invalidité !
- Par ailleurs, le gouvernement s’est hélas limité au symbôle concernant la participation des hauts revenus, du capital et des entreprises à notre système de retraite : à peine 10% du financement.
- En outre, l’utilisation du Fonds de réserve des retraites aujourd’hui est irresponsable dans la mesure où ce fonds avait été créé pour financer une partie des pensions à l’horizon 2020 (on sait qu’il y aura encore plus de retraités qu’aujourd’hui sur la période 2020-2050). Le gouvernement repousse par là l’effort sur les générations futures qui devront combler ce vide et les pénalise. Eric Woerth annonce vouloir régler le problème des déficits, mais celui-ci se posera à nouveau dès 2020-2025 avec cette utilisation anticipée qui vient casser l’effort de prévision qui avait été mis en place.
- Concernant l’emploi des séniors, rien n’est prévu concrètement alors que c’est un enjeu fondamental. Le projet gouvernemental risque dès lors de se limiter à un jeu de vases communiquants si rien n’est fait : les séniors chômeurs le seront plus longtemps, l’assurance chômage devra donc payer plus de prestations, creusant davantage son déficit. En clair, au lieu d’un déficit de la branche retraite, nous risquons de nous retrouver avec un déficit des institutions de protection contre le chômage.
- Enfin, ce projet pénalise les salariés ayant commencé à travailler à 18-19ans et ayant donc cotisé le nombre de trimestres nécessaires pour partir à la retraite à 60ans dans la mesure où ils devront néanmoins eux aussi travailler jusqu’à 62ans.
Le projet du gouvernement semble donc à bien des égards inefficace et injuste.

Vous trouverez la réaction de Martine Aubry, ainsi qu’une analyse plus développée de ce projet sur le site national du Parti Socialiste.
Mobilisons-nous – Manifestation du 7 septembre 2010
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